Un message d’une amie d’Estonie qui évoque le « clay field », ma curiosité et ma sensibilité au mot argile et l’univers qu’il contient, et ça a suffi. Quelques mois plus tard j’avais une adresse en France, une date de séance collective et j’ai plongé. J’ai plongé au contact de la matière, au contact de moi. Matière d’âme, terre d’appartenance, argile de mon cœur et de mon corps, souvenirs d’enfance et de reliance.
On ne touche pas un champ d’argile sans être touché, sans que des bouts de début d’humanité se manifestent.
Car il y a la terre et il y a ma main, mes mains. Mes mains qui savent, que j’apprends à écouter, qui me guident toujours, qui savent aller jusqu’au bout, qui ont des choses à me dire, qui ont tant attendu et qui savent quand s’arrêter. Mes mains qui hésitent, entendent, tâtonnent, qui découvrent ou recouvrent, qui creusent ou qui amassent, et qui font tellement tellement d’autres choses ordinaires si extraordinaires et que je n’ai pas besoin de penser ni de décider. Ni même de comprendre. Et encore moins d’expliquer.
Mais en général je comprends. Sans mots, sans images. Il n’y a rien à faire. Juste laisser faire, laisser aller vers ce qui fait du bien. Parfois ça veut dire oser. Alors oui, j’ai osé. Avec de moins en moins de jugement ou de ruptures.
Et je m’émerveille de la trame qui se dévoile au fil des séances individuelles que j’enfile, comme des perles, de deux semaines en deux semaines. Comme si mon premier champ d’argile avait déjà contenu tout. Comme une fleur qui se déploie, des pétales d’histoire de moi, que je n’ai pas fini de découvrir, de sentir, d’observer de l’intérieur. Il y a quelque chose qui se passe et se dépasse, qui franchit et s’affranchit, qui se construit tout en se défaisant ou l’inverse. Et ainsi grandit. En moi.
