L'ORIGINE
Le travail au Champ d’Argile® a été créé par le professeur Heinz Deuser, dans les années 1970, alors qu’il était collaborateur de Karlfried Graf Dürckheim dans le centre de thérapie initiatique de Todtmoos-Rütte (Allemagne). Depuis plus de cinquante ans, il n’a pas cessé de développer et d’approfondir sa méthode qui s’enracine de plus en plus dans le corps, s’appuie sur l’haptique, c’est à dire la science du toucher et trouve des résonances avec les recherches contemporaines en neurosciences.
À l’origine, la méthode s’est développée à la croisée de plusieurs courants majeurs : la psychologie des profondeurs de Carl Gustav Jung (dimension archétypale), la Gestalt-psychologie (le mouvement comme forme porteuse de sens), les travaux de Jean Piaget sur le développement sensorimoteur de l’enfant, ainsi que ceux de Donald Winnicott concernant l’environnement et la relation. Elle s’inscrit également dans une filiation philosophique nourrie par la phénoménologie de Edmund Husserl et de Martin Heidegger, ainsi que par la pensée de Martin Buber : l’être humain se construit dans la rencontre authentique.
L’apport de Viktor von Weizsäcker est déterminant par sa théorie du Gestaltkreis (Cercle de Gestalt) où perception et mouvement forment une unité indissociable. Dans le travail à l’argile, le geste n’est pas une simple action motrice : il constitue une manière d’entrer en relation avec le monde. Toucher la matière transforme celui qui touche : l’expérience est circulaire et vivante.
Les tensions corporelles ou les manifestations symptomatiques sont ainsi comprises comme des formes relationnelles,
plutôt que comme des dysfonctionnements à corriger. La transformation émerge alors d’une nouvelle organisation du lien entre le corps, l’action et la perception.
Le Champ d’Argile® s’inscrit pour certains dans le champ de l’art-thérapie sensorimotrice. Il peut également être situé parmi les approches thérapeutiques psycho-corporelles fondées sur l’expérience du toucher, et la régulation par le sensoriel.
Le dispositif
Le Champ d’Argile® (ou Tonfeld® en allemand) se compose d’un cadre en bois rectangulaire, posé sur une table, rempli à ras bord d’argile prête à être modelée. L’argile a été choisie comme matériau de travail car, bien que matière neutre, elle a la capacité d’accueillir et de dynamiser le mouvement des mains. Elle offre de multiples possibilités de mises en forme et de transformations. La forme même du Champ d’Argile® donne une structure, des limites, une orientation, un contenant.
L’accompagnant propose à la personne (enfant ou adulte) de s’asseoir devant une table sur laquelle est posé le cadre en bois rempli d’argile. Un bol d’eau est disponible à coté du Champ. Il est suggéré aux adultes de fermer les yeux pour être plus attentifs à leurs sensations et perceptions.
L’accompagnant invite à toucher le Champ d’Argile® et à « laisser faire les mains » en suivant les impulsions ; peu à peu des gestes, des mouvements vont se manifester, issus de besoins la plupart du temps très inconscients. Il y a de multiples façons d’entrer en contact : ces très nombreuses possibilités de ressentis et d’actions sont propres à chacun, en lien avec sa propre histoire, ses manques, ses blessures et sa nécessité intérieure.
le processus
Il y a en chacun de nous une puissante demande intérieure d’aller vers nous-même, dans notre vérité et de nous déployer. Le processus va conduire à la satisfaction du besoin évoqué, que ce soit par une qualité de toucher, ou par une forme résultante du besoin manifesté.
Le thérapeute est présent, il accompagne le processus, soutient les gestes créatifs et vivants de la personne par de légères interventions verbales. Il valorise et valide l’expérience.
Pour finir, un temps est réservé pour échanger sur l’expérience, faire une relecture, et éventuellement faire des liens avec la vie et la biographie de la personne. Dans le processus du Champ d’Argile®, tout le corps est impliqué par le biais des perceptions sensorielles, cutanées, proprioceptives et kinesthésiques, induites par la qualité du toucher et par les qualités ressenties de l’argile : douce, malléable, résistante, transformable…
A la fin d’une séance, la personne se trouve centrée, unifiée, bien positionnée, dans une juste relation équilibrée avec elle-même et avec l’environnement. Elle éprouve souvent un apaisement, une plénitude, de la joie….
"Quand je touche, je suis touché.e"
En touchant le Champ d’Argile®, en entrant en contact avec lui, viennent des sensations, des perceptions : froid, résistant, impénétrable ou chaud, doux, accueillant… Elles sont induites par la qualité du toucher (qualité haptique) : par exemple les mains peuvent être tendues, raides, ou bien caressantes, souples… Avec le toucher, la personne entière est dans sa main, tout l’être est impliqué.
Chaque premier toucher du Champ d’Argile® a une origine dite biographique, c’est à dire qu’elle renvoie à des expériences relationnelles passées : comment la relation à l’autre et au monde a pu s’établir, quels sont les empêchements, quels sont les besoins, quel est le potentiel, quel est la nécessité ici et maintenant ? Voilà l’enjeu de chaque processus.
Dans le Champ d’Argile®, toute perception entraine une action, un mouvement et tout mouvement entraine une nouvelle perception. C’est ce qu’on appelle «cercle de la Gestalt» (Viktor von Weizsäcker).
Création unifiante
Il se crée une relation dynamique et dialectique entre la personne et l’argile, l’argile invite au mouvement. Cette relation tend vers la satisfaction du besoin de la personne. Ce besoin existentiel n’est pas conscient pendant le travail, il prend forme et devient clair dans la Gestalt finale, optimale.
Le travail produit une création originale, expression de l’énergie vitale, du soi. Le mouvement a pris forme, les besoins sont satisfaits, il n’y a plus de mouvement, plus de besoin.
En créant, on se crée soi-même ; cela transforme ses capacités de relation au monde, à l’autre et à soi-même. C’est ainsi un travail unifiant, réparateur et structurant.
